Par un beau vendredi d’été, je travaillais sur la route et pendant l’heure du dîner, j’ai stationné mon camion dans une petite rue résidentielle pour manger mon lunch en compagnie de la radio. J’écoutais un animateur chialer et je “dégustais” un sandwich fade au jambon pendant qu’à travers de mon pare-brise, j’observais une femme jouer avec une petite fille d’environ 6 ans.

Je dois préciser que j’étais dans un quartier particulièrement pauvre de Québec et que la dame était fort probablement devant chez elle, un HLM en piteux état.

Je vais tenter de rester poli dans ma description de la scène, mais j’avais sous les yeux le stéréotype vivant de la famille pauvre aux habitudes de vies douteuses. La mère, habillée de façon plutôt “originale”, fumait assise sur une chaise blanche et lançait un frisbee à sa fille entre deux bouchées de crottes de fromage. La petite lui ramenait le jouet et s’arrêtait de temps à autre pour grignoter avec maman et boire de l’orangeade directement au deux litres.

Le terrain était couvert de déchets, de sacs de poubelles, de crottes de chien et de détritus et un gros chien était allongé près d’elles sur le trottoir. Évidemment, sans laisse. Il y avait même une vieille laveuse qui trainait dans le coin de la cour et qui avait l’air de servir de panier de basket.

Ça faisait dur…

Je vais l’admettre tout de suite, j’ai jugé. Maudit que j’ai jugé!

“Bon, les pauvres qui ne travaillent pas et qui se bourrent la face de scrap! Dans 15-20 ans, la petite va avoir la shape à sa mère et va être assise sur la même chaise finie à faire la même chose. Bouffer de la junk et se pogner le beigne.”

Écoute, je ne dis pas que c’était brillant mon affaire; je fais juste être honnête et assumer ma réaction. J’ai regardé, j’ai pris mes plus gros préjugés et je m’en suis servi pour coller, de ta manière totalement gratuite, une étiquette à cette femme.

Puis, elle s’est retournée et comme si elle m’avait entendu réfléchir de l’autre côté du pare-brise, elle m’a regardé et m’a souri. Juste comme ça, juste parce que j’étais un gars stationné dans sa rue et qu’elle devait être de bonne humeur.

Ça m’a fait bizarre. Pour être franc, je me suis senti vraiment cheap et même méchant. Et si on virait la situation de bord? Comment serais-je perçu par un témoin de la scène?

Si on nous observait présentement, quelle image, quel jugement émettrait un observateur sur moi et mon sandwich au jambon?

Le jeu a rapidement cessé d’en être un et j’ai vite réalisé que si d’autres yeux que les miens observaient la scène, je passerais surement pour le pauvre de la situation!

Oui, moi!

Pendant qu’une mère était dehors à jouer avec sa fille, à relaxer et à passer du bon temps avec elle, moi, je dînais seul dans mon camion, esclave de mon emploi pendant que mes petits étaient à des kilomètres de là, au camp de jour avec des inconnus.

En plus, j’étais au travail pour faire du temps supplémentaire pendant ma journée de congé (je fais normalement 40h en 4 jours) et il faisait un temps superbe. J’aurais pu être à la maison avec ma troupe à me baigner et à jouer, mais non, je bossais pour faire un peu plus d’argent pendant que la mère devant moi riait et passait du temps de qualité avec sa fille.

Ok, elle ne mangeait peut-être pas une salade, ne contribuait pas vraiment à la société et aurait probablement dû faire un bon ménage sur son terrain, mais au final, elle jouait son rôle de mère pendant que moi, je la jugeais gros comme le bras.

C’est fou à quel point on peut avoir des perceptions différentes. Je croyais voir du pauvre monde quand en réalité, c’était tout le contraire.

En ce beau vendredi d’été, le « pauvre monde », il était en train de manger un sandwich dans son camion et travaillait trop fort pour se payer des affaires dont il n’a probablement pas besoin, pendant que ces enfants, à l’autre bout de la ville, mangeaient eux aussi des sandwichs au jambon préparés trop vite lors d’un autre matin de semaine pressé.

En ce beau vendredi d’été, ces enfants-là auraient tout donné pour être ailleurs en train de se bourrer la face de crottes de fromage et d’orangeade en jouant au frisbee avec un père présent.

Qu’ils nous aient été inculqués par nos parents, nos amis, notre vécu ou les médias, on a tous des préjugés, mais on serait bien sage de réfléchir deux fois avant de s’en servir pour se faire une opinion parce qu’au final, on est tous le pauvre de quelqu’un d’autre; ça dépend juste de quel côté du pare-brise on regarde.

Mes choix, je les assume pleinement, mais à l’avenir, je prendrai bien garde à ne pas les estimer meilleurs que ceux des autres.

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