Il y a quelques jours, j’étais dans un Tim Hortons et pendant que je faisais la file pour un café, il y avait la ligue du vieux poêle qui échangeait juste à côté. Tsé, les monsieurs dans la soixantaine, qui sont dans tous les Mc Do et Tim et qui passent leurs journées à jaser. Ce matin-là, ils échangeaient et chialaient contre les milléniaux et laisse-moi te dire que c’était pas rose! “Ils ne veulent plus travailler, fuient les efforts pis les jobs difficiles, restent chez leurs parents trop longtemps et se prennent pour le nombril du monde! Ça fera pas des enfants forts…”

Photo à titre indicatif. En général, les Tim n’ont pas d’arbres ni de banc de parc…

Tu vois le genre de discussion? Peut-être même que certains d’entre vous l’ont déjà eu ou partagent la même opinion. On dit que les jeunes et les millénaux sont loin en maudit de la génération X ou des boomers et c’est tout à fait vrai.

Les jeunes d’aujourd’hui sont différents!

Mais différents comment ? Pourquoi? Depuis quand? Et surtout, à cause de qui?

Je vais te confier ma petite théorie là-dessus, mais surtout, te livrer le récit résumé de ce qui s’est passé depuis 60 ans au Québec pour créer cette génération si “différente”.

Dans les années 50 à 60, la religion, le besoin de main-d’oeuvre des familles agricoles et surtout la presque absence totale de contraception ont engendré les familles nombreuses. Les fratries comptaient souvent six ou sept enfants ou plus et à l’époque, on élevait les enfants un peu comme on élevait le bétail.

Dans plusieurs cas, les enfants des années 50 à 60 ont mangé ce qu’il y avait à manger, sont allés à l’école s’ils le pouvaient et si la ferme n’avait pas besoin d’eux, ont souvent connu la précarité voire la misère et ont vécu avec des parents qui n’avaient à peu près pas de temps à leur offrir. En 1972, ta mère ne s’assoyait juste pas par terre pour jouer aux Lego avec toi et t’avais d’affaire à ne pas trop te plaindre de quoi que ce soit sinon gare à tes fesses!

Fallait peupler le Québec, fallait se coller pour se réchauffer le soir, fallait écouter Jesus, bref fallait…

Forts d’une éducation souvent minime et armés d’une débrouillardise et d’une résilience qui vient naturellement quand on grandit avec 12 frères et soeurs, ces hommes et femmes ont rejoint le milieu du travail trop tôt pour très souvent occuper des emplois difficiles, dangereux et sous-payés.

À grands coups de syndicalisation, d’efforts et d’implication sociale, les travailleurs ont peu à peu réussi à améliorer leurs conditions et ont finalement fondé des familles qui cette fois, se sont avérées beaucoup plus petites.

Est-ce que les nouveaux parents voulaient éviter de reproduire leur enfance difficile? Est-ce qu’ils voulaient offrir plus de luxe et de temps de qualité à leurs enfants? Personne ne peut en être certain, mais une chose est claire, la génération suivante a été dorlotée.

Les enfants des années 80 et 90 sont devenus des enfants rois. Ils ont grandi en écoutant Pase-Partout, Le Petit Castor et Pokémon en se faisant constamment rappeler à quel point ils étaient bons, beaux et spéciaux. Ils ont eu des parents disponibles et en moyen et ont passé leur jeunesse à fréquenter un système scolaire qui s’est fendu en quatre pour leur offrir tous les choix possibles et pour les conforter dans leur perception qu’ils étaient en effet précieux et uniques.

Ils ont aussi travaillé moins fort à la maison et en ont généralement eu moins de responsabilités et ont peu contribué aux tâches domestiques; normal, avec 2 enfants au lieu de 8, il y en avait simplement moins à faire. Ils ont eu une chambre juste à eux, personne ne les a poussés à quitter le nid familial trop tôt et ont souvent reçu de beaux vêtements, des jouets neufs et beaucoup d’attention. Énormément d’attention.

Ils ont aussi souvent passé leur adoslecence à écouter leurs parents se plaindre que leurs jobs étaient plates, éreintantes, que leurs patrons étaient de pénibles imbéciles et qu’ils ne gagnaient pas assez ou connaîtraient une maigre retraite. Et ça, c’est quand ils n’ont pas carrément vu un parent tomber gravement malade ou décédé avant d’avoir pu profiter du fruit de ses efforts.

Bref, les millénaux ont été gâtés par des parents qui le pouvaient et c’est une bonne chose.

Oui, les jeunes d’aujourd’hui sont différents pour la simple raison qu’ils ont connu un parcours et un développement différent. En général, les milléniaux sont instruits, ouverts sur le monde, habiles avec la technologie, avides de changements, et s’adaptent facilement.

Alors peut-on réellement en vouloir à un jeune de 25 ans de ne pas aspirer passer les 40 prochaines années à la même job, à constamment faire la même maudite affaire selon un horaire inflexible et le tout, pour une corporation qui se fou de son bien-être et sans réelles possibilités d’avancement? Tout ça en essayant de s’accrocher à un niveau de vie qu’on qualifie de classe moyenne, mais qui s’effrite à vue d’oeil?

À force de les gâter, de se faire dire qu’ils étaient précieux et si spéciaux, ils ont simplement fini par le croire et ont commencé, comme leurs parents l’ont fait avant eux, à espérer à un avenir meilleur.

Ils visent maintenant plutôt un emploi stimulant où ils peuvent relever des défis, une conciliation travail famille adaptée, un salaire qui leur permet de se gâter un peu et surtout, un climat, un niveau de stress et une routine de vie agréable que malheureusement, la génération précédente n’aura que très peu connu. Ha oui! Ils ont aussi très souvent des grosses lunette 🙂

Tant pis, le marché du travail et la société n’auront qu’à s’adapter à ses jeunes qui veulent profiter un peu de la vie et briser le cycle du quotidien stressé, de la course effrénée boulot-trafic-garderie et qui aura simplement permis à leurs parents de survivre de paie en paie à la recherche du bonheur. Ceux qui présentement, se font les pires critiques des milléniaux et des jeunes, les qualifiant à outrance de paresseux et de lâches sont bizarrement ceux qui les ont conçus et élevés!

Maintenant chers Boomers, à vous de vivre avec les conséquences de vos actes et pendant que vous êtes là, assis à vous vanter à quel point c’était mieux dans votre temps, moi j’arrive à la caisse et c’est un jeune souriant nommé Pierre-Étienne qui me sert mon café rapidement et avec courtoisie.

Peut-on lui en vouloir d’espérer profiter un peu de ses étés et de ses weekends au lieu de les passer derrière un comptoir, à 14$ de l’heure à se faire regarder de haut par des clients qui pensent que tous ceux de son âge sont des fainéants?

Prends ça cool Pierre-Étienne, tu vas passer 40 ans à travailler, profites de tes étés et de ta jeunesse d’ici là et surtout, réfléchi bien à ta carrière et ne fait aucun choix en fonction de l’opinion des vieux grincheux. Ils sont juste jaloux de ne pas être nés à ton époque et d’avoir eu les mêmes privilèges.

Dans le fond, c’est vrai que tu es spécial, nous le sommes tous.

P.S. Je sais qu’il y a beaucoup de généralités et de préjugés dans mon texte mais sache qu’ils sont tous positifs et assumés. J’aime autant les milléniaux que les X et les vieux grincheux. J’aime juste pas les trolls d’internet…. Au cas où t’avais envie de m’envoyer promener en commentaire parce que tu portes des grosses grosses lunettes!

Il n’y a aucune pub dans mes textes alors si tu as aimé, merci de partager 🙂