Ça doit bien faire 15 ans que je n’ai pas parlé à mon père biologique. Je précise “biologique” car je fais souvent référence à mon père dans mes billets ou anecdotes, mais il ne s’agit en fait pas de mon vrai père, mais plutôt du mari de ma mère.

Comme il est présent depuis que je suis tout jeune, que c’est lui qui m’a montré à jouer au baseball, à conduire, lui qui a géré ma crise d’adolescence et qui a m’a aidé pour l’achat de ma première maison, je fais référence à lui en tant que père; c’est beaucoup plus simple et je pense qu’il mérite bien le titre. Surtout que l’autre, celui qui a donné son sperme à ma mère est juste un gros déchet ambulant.

Désolé, je sais qu’il s’agit de propos lourds de sens, mais ces temps-ci, malgré qu’on ne se voit plus depuis tant d’années, ses choix et surtout ses comportements foutent le bordel autour de moi. Chose que je n’aurais pas cru possible.

Avant de raconter le tout et surtout, de te partager mes mésaventures des dernières semaines, je vais te faire un petit retour en arrière d’une vingtaine d’années histoire de te mettre en contexte et aussi, de me vider le coeur au passage.

À l’époque, je suis un jeune ado qui donne du fil à retordre à tout le monde et je fréquente mon père une fin de semaine sur deux (quand il daigne bien venir me chercher) ainsi que sa nouvelle femme.

Avec mon père, c’est “correct”; le gars est sévère, un peu extrême sur les bords et très contrôlant, mais comme tout fils, je souhaite juste qu’il m’accepte et soit fier de moi.

Pour sa conjointe, c’est tout autre chose. Elle me déteste et ne s’en cache même pas. Elle fait de chacune de mes visites un calvaire et ne lésine aucun effort à rendre pénibles et malaisants mes séjours chez elle.

Puis, lors de ma dernière visite officielle, en l’absence de mon père qui avait été retenu au travail pour une urgence, elle a simplement décidé que comme je n’étais pas son enfant, elle n’avait pas à s’occuper de moi; elle m’a donc confiné au sous-sol pour le weekend.
Tsé, l’amour!

Loin d’être Aurore, je n’ai pas été battu et on m’a nourri, mais c’est la dernière fois où j’ai été lui rendre visite.

Pendant les années qui s’en suivirent, j’ai continué de fréquenter mon père, mais cette fois, en terrain neutre. Environ une fois par mois, on allait voir un film, jouer au golf ou magasiner et même si l’on ne s’entendait pas à merveille, j’étais toujours heureux de le retrouver.

Puis, vers l’âge de 16 ans, je l’ai appelé pour planifier une de nos sorties et je suis tombé sur sa femme qui, depuis l’arrivée de ses deux enfants avec mon père, était devenue la réincarnation de la belle mère de Cendrillon. Au téléphone, elle m’annonça qu’à l’avenir, je devais demander à parler à “nom de mon père” au lieu de demander “papa s’il vous plait” sous prétexte qu’elle ne voulait pas que ses enfants soient au courant que j’existais!

J’en avais les jambes sciées!

J’ai continué de revoir mon paternel de temps à autre, mais j’avais décidé d’arrêter de l’appeler. Hors de question pour moi de nier ma propre existence et surtout, j’avais vraiment de la difficulté à comprendre comment un homme pouvait tolérer un tel comportement de sa femme envers son fils, son propre sang!

Au fil du temps, nos visites se sont espacées jusqu’à devenir inexistantes et on a perdu contact.
Il n’avait simplement rien de positif à apporter à ma vie et honnêtement, je m’en portais beaucoup mieux ainsi.

Quelques années plus tard, quand j’ai connu la joie, l’immense bonheur et surtout, la fierté de devenir père, j’ai compris que ce que cet homme avait fait était non seulement odieux, mais qu’il serait pour moi impossible d’en faire autant avec mon enfant.

Ce n’est qu’une fois père que j’ai pu saisir toute la profondeur de la coupure qu’il avait créée entre nous et que j’ai réalisé que ça prenait tout un “loser” pour abandonner son enfant à la demande d’une nouvelle conjointe.

Ça fait donc près de 15 ans que c’est le silence radio entre nous deux. Je n’ai jamais revu mon demi-frère ou ma demi-soeur, il n’a jamais vu ou essayer de voir mes enfants, n’a pas assisté à mon mariage, n’a jamais rencontré ma femme ou même vu ma maison. D’ailleurs, lorsqu’il va visiter ma grand-mère (sa mère) c’est avec la maturité d’un gamin de 10 ans qu’il retourne systématiquement les photos qu’elle affiche de ma famille, cache les cadres et détache les bricolages de mes enfants du frigo.

Je n’ai pas de rancune ou de colère dirigée contre lui; je qualifierais plutôt mon état d’âme de déception mêlée à du “je-m’en-foutisme” profond, mais malgré le fait que j’ai maintenant écarté cet homme de ma vie, il en fait toujours partie à travers la relation que j’ai avec ma grand-mère et c’est à peu près là qu’on est rendu.

Il y a quelques semaines, il s’est emporté quand elle lui a demandé ce qu’il faisait dans son compte de banque et a exigé des explications sur certains virements douteux. Bref, “papa” et sa femme se gâtent sur le dos de grand-maman et elle s’en est rendu compte. Non seulement font-ils des retraits dans ses économies, mais ils lui demandent aussi constamment de justifier ces dépenses personnelles.

À 90 ans, elle doit expliquer ses achats à un fils colérique et agressif pendant que je suis à 300 kilomètres de là, que je me sens totalement inutile et ça m’enrage. J’ai beau l’avoir rayé de ma vie, il continue de foutre le bordel dans celles de ceux que j’aime.

Coup de théâtre, il y a deux semaines, il a carrément pété les plombs chez elle et l’a insulté, menacé et a été si agressif à son endroit que la pauvre s’est est retrouvée aux urgences pour choc nerveux. Elle a complètement décompensé et est maintenant faible et effrayée depuis leur altercation.

Le stress et l’anxiété l’ont presque achevé et grand-maman n’est plus que l’ombre d’elle même depuis l’incident.

On parle maintenant au téléphone tous les jours et j’essaie d’être là pour elle, mais je me sens plutôt inutile. Mon détachement et ma “crissitude” envers mon père se sont transformés en colère et en frustration et je dois me faire violence pour ne pas décrocher un téléphone, l’appeler et lui dire ce que je pense de sa manière de traiter une dame de cet âge.

Une des rares photos que j’ai d’elle car elle déteste se faire prendre en « portrait » comme elle dit!

J’ai fait plusieurs aller-retour Québec Montréal dans les derniers jours et il est clair que ma grand-mère devra sous peu déménager dans un endroit plus sécuritaire ou il y aura un gardien, des soins, repas et un contrôle des visites.

Maintenant je me demande, devrais-je lui offrir de venir habiter avec nous? On n’a pas vraiment de place et avec 4 enfants, je doute qu’elle bénéficie du calme nécessaire à son état, mais tout de même.

Je fais quoi? Juste à l’idée de devoir discuter ou rencontrer mon déjanté de père dans ce contexte, j’en suis tout retourné. Ça ne sera pas beau lors de la lecture du testament!

Il y a aussi mes enfants qui posent de plus en plus de questions. Pourquoi tu ne parles pas à ton père? Pourquoi il est méchant? Est-ce que tu vas être méchant comme lui? Pourquoi tu vas encore à Montréal?

Pour la première fois de ma vie, j’ai même manqué la première journée d’école de mes cocos quand j’ai dû me rendre à la caisse avec ma grand-mère pour modifier les accès à ses comptes et en retirer son fils. Même absent, il réussit encore à me causer du tord.

Bref, dans ce putain de bordel qu’est ma famille présentement, je me sens comme un arbre sans racine et je me demande bien quoi faire. Une chose est sûre, j’ai l’exemple parfait à ne pas répéter devant moi.

Avec tout ça, je suis un peu “moton” ces temps-ci et j’ai souvent l’esprit fugueur; je suis là de corps, mais ma tête est ailleurs. Je m’imagine ce que serait ma vie dans un monde où les fils ne crient pas après leur mère de 90 ans, un monde où les pères, même séparés, demeurent présents auprès de leurs enfants et où les petites vieilles sont traitées avec le respect et l’honneur qu’elles méritent.

Mais ce n’est malheureusement pas dans ce monde que nous vivons.

P.S. Je ne sais même pas si mon vieux est au courant que j’ai un blogue!
Mais juste au cas, si jamais tu lis ces lignes mon cher, j’espère que tu as honte de la façon dont tu traites ceux qui t’entourent. Sache que peu importe ce qui m’arrive, jamais je ne laisserai un des miens derrière.