Aujourd’hui, nous sommes pratiquement à l’aube de ta naissance. Tu es prévu pour les prochains jours. Ce fût neuf longs mois pour maman et bien que ça a été beaucoup moins pénible pour moi, l’effet de la sixième grossesse en huit ans s’est fait sentir dans la famille.

Oh ! Je ne m’en plains nullement, mais aujourd’hui quand on me demande à répétition si ça va être notre dernier bébé, je ne suis plus aussi confiant de la réponse pré fabriquée que je répète sans cesse depuis des mois, qui est : On verra !?

Il faut être réaliste, ton grand frère Félix (deux ans et demi) semble issu d’un croisement entre un tsunami et un tremblement de terre de 9.5 sur l’échelle de « tumetombessurlesnerfs ». 

Il en a dedans celui-là ! Ne te trompe pas, on l’adore, il transpire le bonheur et c’est un enfant merveilleux comme tous nos enfants, mais il est un peu trop précoce pour son jeune âge à mon goût.

Et l’on va se le dire, tu es la sixième; donc on sait dans quoi on s’embarque et on est prêts à revivre les premières fois. 

Les fameuses premières fois …

Les coliques, les nuits blanches, les cacas goudronneux ou encore les liquides qui s’immiscent jusque dans le trois quarts des dos de pyjama, les premières dents, les cacas (encore) dans le bain ou les premiers vomis de lait, etc.

Parlant de cela, j’ai toujours été estomaqué par la capacité d’un bébé à pouvoir transformer un petit 4 onces de lait en deux litres de yogourt caillé en l’espace de quelques minutes. Il y a clairement quelque chose que je n’ai pas compris là-dedans.

Rassure-toi ma belle Gaïa, il nous reste suffisamment d’énergie pour passer au travers de tout ça et il y a encore plein d’amour pour toi, je te promets que tu ne manqueras de rien dans notre petit nid familial. 

Mais je me dis qu’il est peut-être temps de penser à plus tard et aux autres étapes comme l’adolescence et tout ce qui s’ensuit.

Mais en même temps, je ne peux m’empêcher d’avoir le cœur gros en pensant que tu serais la dernière. Maudite dualité de parent! Avoir hâte que ça finisse autant que s’en ennuyer presque déjà.

Cela voudrait dire que tu serais aussi la dernière pour les autres premières fois. 

Celles qui font fondre un cœur de père.

Si tel est le cas ce sera la dernière fois que je verrai le premier regard profond d’un nouveau-né, ce regard qui semble si intelligent, intrigué et si observateur. 

Tu seras la dernière à serrer mon doigt de ta petite main, à me faire ton premier sourire, ton premier rire, à me dire ton premier papa, à me montrer tes premiers pas.

La dernière à qui l’on fera un premier gâteau de fête juste pour toi, pour se délecter de te voir t’en mettre plus autour que dedans la bouche.

Tu seras la dernière à courir vers moi en criant : PAPA !! Lorsque j’arrive du travail. La dernière à me demander des chatouilles, la dernière que je pourrai impressionner avec mes histoires abracadabrantes tout droit sorties de mon cœur d’enfant. 

La dernière qui sera guérie d’un vilain bobo d’un simple super bec de ma part ou encore la dernière qui me fera sentir comme un grand géant rassurant lorsque tu feras des cauchemars ou quand je te défendrai d’une immonde araignée.

Je suis tout ça grâce à mes enfants, un gentil géant, un guérisseur, un super héros, un magicien et un être si formidable à leurs yeux. 

Sans eux, je ne suis qu’un homme ordinaire. Beaucoup trop ordinaire.

Je sais que je suis égoïste et que je ne pourrai avoir des enfants à ne plus finir. Pourtant j’ai l’impression que plus je vieillis, plus c’est là que je trouve le bonheur. 

Le matériel, l’argent, les apparences et le confort me semblent sans saveur et sans intérêts. Il ne me sont utiles que pour répondre à vos besoins.

J’ai peut-être seulement peur de vieillir ? De perdre mon cœur d’enfant ? Est-ce dû à un orgueil démesuré ou à mon besoin de rester jeune? 

Ou est-ce plutôt la crainte de me réveiller dans une maison vide et beaucoup trop calme trop rapidement?  

Oh évidemment que certains soirs avant que vous dormiez, après une journée ou vous cinq (six avec toi) vous nous en avez fait baver, j’ai mes moments où je vous vendrais tous pour 100 piastres, mais par chance, c’est moment se font courts et rares.

Je crois que j’ai besoin de cet amour, de votre dépendance à notre présence et à nos petits soins. 

Heureusement, cet amour va grandir, s’épanouir et perdurer au fil des années. Je le sais. Il va se transformer et demeurer, mais sera différent après ta venue. 

L’arrivée d’un enfant chamboule tout, même quand c’est un sixième.

Gaïa est synonyme de vie, dans la mythologie grecque elle est la Déesse mère. Celle qui a créé. Alors quelle que soit la décision que nous prendrons ta mère et moi dans le futur, tu feras naître, comme tes frères et ta sœur, l’amour et la joie dans nos cœurs pour de nombreuses années. 

Tu es fort probablement, la dernière, car il serait fou et déraisonnable d’envisager un septième enfant, mais secrètement, au plus profond de mon cœur, je ne peux m’empêcher de me dire :  et pourquoi pas ? 

Sept, c’est un chiffre chanceux!

Je t’aime déjà ma belle Gaïa, à très bientôt. 

Ton papa.

Note de Cool Dad: Avant que j’aie eu le temps de publier son texte, la petite Gaïa est née et elle et maman se portent à merveille 🙂