Ça s’est passé ce dimanche, au retour du grand Camping Cool Dad, moi et un ami, en compagnie de nos enfants, sommes arrêtés déjeuner dans un restaurant de Québec.

On était fatigué, un peu sale et surtout affamé en entrant dans le petit vestibule bourré de monde de chez Cora. Mon chum avait son fils de deux ans dans les bras et attendait en file pendant qu’on riait de bon coeur et que mes trois plus vieux blaguaient et jouaient.

On parlait entre adutles quand le petit a tendu les bras vers moi pour que je le prenne. Moi et lui, on se voit assez souvent et je suis devenu un genre “d’oncle” qu’il aime bien. Ça a pris environ 10 minutes avant que l’on nous trouve une table et pendant ce moment, je trouvais qu’on attirait les regards plus qu’à l’habitude.

Avec quatre enfants, je suis habitué de me faire regarder quand on sort en public, surtout qu’ils sont roux, mais cette fois, les yeux me semblaient plus nombreux et surtout, plus persistants et soutenus.

“Ça doit être parce qu’on pue!” blaguait mon fils, mais c’est quand nous avons gagné notre table et que la serveuse nous a demandé si on voulait une chaise haute pour le petit que j’ai réalisé que notre odeur n’avait rien à voir avec l’attention qu’on générait…

Deux gars du même style et du même âge qui sortent bruncher avec leurs enfants un dimanche, on avait l’air de deux gais qui sortent au resto!

Ben calvaire!

Ça fait quelques années que je décroche un peu des débats sur l’homosexualité et des tabous liés à l’orientation sexuelle. Je me disais souvent des trucs comme: “Voyons, au Québec en 2018, à part quelques maudits colons, c’est rendu banal un couple ou une famille avec des parents du même sexe. On n’est pas en Arabie Saoudite! Il y a t’il encore vraiment tant de préjugés ou d’intimidation envers les gais ou c’est juste Jasmin Roy qui se cherche de la job? »

Les trans ou ceux qui vivent avec des problèmes d’identités ont encore un bon bout de chemin à faire, mais pour les couples gais, je pense qu’on peut se dire que la job est faite…

Je pensais visiblement faux.

Pendant l’heure qu’on a passé à table, on nous a observé, espionné, j’ai vu des gens parler de nous, nous pointer et surtout faire des pieds et des mains pour essayer de nous regarder subtilement. le constat est malheureusement aussi triste que d’actualité, deux gars ensemble, ça fait encore jaser et pas rien qu’un peu!

Petite note: quand tu veux regarder quelqu’un, que tu te retournes sur ta chaise et que tu fais semblant d’admirer une tache au plafond, on le sait que tu cherches pas un spot à frotter ou une araignée, c’est vraiment pas subtil.

Après 30 minutes, je sentais le poids de ce jugement collectif et je n’avais qu’une envie; me lever debout et crier “Voyons, tab&?%$# on n’est pas gai, lui, c’est mon chum de gars pis nos blondes sont à la maison et sont ben contentes de se reposer gang de reculés par le tonnerre!!!”

Pendant l’entièreté du repas, même chez ceux qui n’ont pas passé leur temps à jeter un oeil dans notre direction pour surprendre un bec d’hommes ou une caresse de la main, j’ai senti un malaise, un inconfort et une forme d’incompréhension que seuls la surprise, l’intolérence ou la curiostié déplacées peuvent engendrer. Dimanche matin, chez Cora, on n’était pas une famille au resto ni deux gars et leurs kids qui mangaient ensembre, on était des bizarres, des étranges et l’objet de l’attention de beaucoup trop de gens à mon goût.

Se sentir observer, même lorsque ce n’est pas avec mépris, c’est un sentiment aussi étrange que désagréable. On se demande pourquoi, pendant combien de temps ça va durer, par qui, et on passe notre temps à se demander si ça va arrêter, à se demander ce qu’on a fait pour mériter ça et à se dire qu’on mérite mieux.

Dimanche matin, assis devant deux oeufs et une gauffre aux fruits, j’ai compris.

J’ai compris que le combat pour l’acceptation des familles différentes n’est pas fini. J’ai compris qu’un regard, même sans paroles blessantes peut faire mal. J’ai compris que la différence fait encore peur et j’ai surtout compris qu’on a encore un sacré bout de chemin à faire pour devenir aussi ouvert et tolérant qu’on croit l’être!

Non on n’est peut-être pas en Arabie ou dans un autre pays qui condamne enocre l’homosexualtié, mais on est encore loin de la pleine acceptation et de la normalisation.

Peut-être que personne n’est venu nous insulter, mais je ne me suis jamais senti aussi exclu et différent que ce dimanche en “famille”.

Dire que ça n’aura duré qu’une petite heure.

Alors à toi, le parent d’une famille différente ou même le kid qui n’a pas encore fait son coming out, je suis avec toi et j’admire le courage et la force dont tu fais preuve. Sache qu’à travers toutes ses paires d’yeux qui t’observent et te dévisagent, il y a aussi plusieurs regards d’empathie et d’ouverture dont le mien.

#onelove

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