C’était il y a près de 5 ans, j’étais assis au Saint-Hubert, nerveux, anxieux, mon coeur battait la chamade et une petite boîte en cuir noir brulait un trou au fond de ma poche.

Elle parlait et pour une rare fois, je ne l’écoutais pas du tout. J’étais pourtant assis devant elle, mes yeux rivés dans les siens, mais mon esprit était ailleurs, concentré sur les gestes que je m’apprêtais à poser. Pour la première fois de ma vie (et espérons-le, la seule), j’allais mettre un genou au sol et faire la grande demande, celle qui change une vie, celle qui marque un point de non-retour et celle que tant d’amis et parents m’avaient fortement suggéré de ne PAS faire!

Oui, nous avions déjà 3 enfants ensemble, une maison, des projets, mais ce petit bout de femme qui parlait dans le vide devant moi n’était pas encore MA femme. Je savais depuis longtemps qu’elle voulait se marier, vivre la grosse journée, la robe blanche, la cérémonie, le partage des voeux devant nos familles et tout le tralala, mais pour moi, c’était moins important.

Dépenser des milliers de dollars pour “célébrer” quelque chose qui est déjà pourtant confirmé et solide, je n’y voyais pas trop le buts. Elle m’aimait, je l’aimais, on s’aimait. Des noces, excuse-moi l’expression, mais qu’essez ça change?

Reste que ça me trottait dans la tête. Celle qui chaque jour, remplissait ma vie de soleil, de fou rire et de tendresse rêvait de se marier; puis ma job à moi, un peu comme avec mes enfants, c’est de réaliser ces rêves non?

J’en ai parlé autour de moi, amis, collègues, parents. Je cherchais conseil, peut-être même une forme d’approbation. Est-ce que je le fais? Ça implique quoi? J’avais comme besoin d’en parler, de me faire dire “vas-y, saute, fonce mon homme, félicitations” et de réfléchir à voix haute en m’entourant de cas vécus.

La réponse fut pratiquement unanime et même brutale. Fais pas ça calvaire!

Ah oui, il y a aussi eu deux trois “Es-tu fou?!?” et “Pourquoi?”

“Tu vas te faire laver mon homme. Le mariage, c’est un pacte avec le diable juste bon à te faire dépenser du cash, perdre ta pension, tes REER et plus! Y’a juste aucun avantage.”

J’ai reçu tellement d’exemples de connaissances et d’amis qui se sont fait laver par une ex-femme vindicative, qui ont tout perdu entre les mains d’avocats véreux, qui ont payé et payent encore des pensions exorbitantes que j’en ai eue la chienne.

-Tu te maris le lundi, et si elle part le mardi, elle a droit à la moitié ta pension et de tout ce que tu as accumulé depuis que t’existes. Simple de même!

Après m’être renseigné un peu et constaté que ça pouvait effectivement être le cas, j’ai vite déchanté et fais une croix sur les noces.

En toute logique, il n’y avait juste pas d’avantages à aller de l’avant et me marier…

Mais maudit, l’idée ne semblait pas vouloir quitter mon esprit. Traite-moi de quétaine tant que tu voudras, je trouve ça beau moi le concept du mariage. Se promettre l’un à l’autre pour le meilleur et pour le pire, célébrer notre amour devant nos familles et amis, voir mes filles en robes de bouquetières et perpétuer la tradition, ça me tentait.

Puis dans le fond, même si plein de gars y ont échoué (par leur faute ou non) depuis quand est-ce que je me fie sur les autres pour prendre des décisions, pour tracer ma route.

J’y ai longuement réfléchi pour finalement constater que les deux principales raisons qui allaient m’empêcher d’agir selon mes valeurs et de faire plaisir à ma femme étaient: 1- l’argent et 2- les échecs des autres.

Avec un raisonnement pareil, les frères Wright n’auraient jamais inventé l’avion, Amazon, et Google n’existeraient pas, Obama n’aurait jamais été président et moi, un gars de Montréal, je n’aurais jamais rencontré cette merveilleuse fille de Québec parce qu’on le sait bien, les relations à distance, c’est impossible.

Alors j’ai fait ce que nous les roux, ont sait faire de mieux, j’ai dit “d’la marde”! J’ai ignoré tous les conseils, tous les avis et j’ai fait à ma tête. Ramassant mon courage à deux mains, je suis allé rencontrer le grand-père de 86 ans de ma douce et j’ai demandé à un homme que je respecte énormément, s’il m’accordait sa bénédiction pour épouser sa petite fille.

Là, je t’entends penser jusqu’ici : “Pourquoi lui et pas son père?” On a des familles un peu particulières Cool Mom et moi. Son père est décédé il y a quelques années et bien qu’elle ait la chance d’avoir un beau-père merveilleux dans sa vie, selon moi, une main, sa se demande à “du sang”. Son grand-père a toujours été très présent et elle habitait même en haut de chez lui jusqu’à ses onze ans.

Il a dit oui. Juste oui et à changé de sujet. Je le voyais visiblement fier et touché de mon geste, mais les vieux de la veille comme lui, c’est des bâtisseurs, pas des “jaseux”.

Bref, j’ai fait ce que j’avais envie de faire, pour moi, en accord avec mes valeur et surtout, par amour pour une femme extraordinaire et qui se dédie corps et âme pour nos enfants. Voire que j’ai failli ne pas m’écouter parce que Pierre Jean Jacques se sont plantés!

Je te ramène donc au St-Hubert, pendant que ma blonde me parle et que je ne l’écoute pas. Je le sais, c’est pas super romantique comme endroit, mais tu te trompes 😉
On est présentement assis au resto où l’on a partagé notre premier repas, exactement à la même table exacte où on était assis à notre première rencontre 5 ans plus tôt.

Puis, là, juste après qu’on nous ait servi notre poulet et avec la nervosité d’un gars qui s’apprête à sauter en parachute pour la première fois, je me suis levé de table, j’ai mis un genou au sol et j’ai pris, envers et contre tous, la meilleure putain de décision que j’ai pris de ma vie.

Pour faire ça court. Elle a dit oui, le resto au complet a applaudi et depuis maintenant un peu plus de quatre ans, mon respect, mon admiration et surtout mon amour pour cette femme d’exception ne cesse de grandir et de me remplir de bonheur.

Non, c’est pas toujours parfait. On a des bouts tough, on rencontre parfois des embûches et sur ce chemin qu’on emprunte ensemble, il nous arrive de nous demander où on va aboutir. Mais une chose est certaine, peu importe où la route nous mènera, ce soir là, devant deux quarts cuisses et des frittes froides, on a choisi qu’on ferait tout pour y arriver ensemble.

L’amour, le grand, c’est comme le Père-Noël; si tu y crois assez fort, il existe pour vrai.

Maudit que je t’aime bae xxx